Jeudi 1 septembre 2005

La Cgt s'insurge contre l'explosion de la rémunération des dirigeants au moment des restructurations.

 

Épisode 1 (21 juillet 2005) : Altadis : le vertige des chiffres…

 

On s’était déjà frotté les yeux avec incrédulité devant les 9 545 milliards d’euros de valorisation boursière Altadis annoncés fièrement dans le journal interne « Premium » en juin 2005.

Le démenti de ce chiffre exorbitant n’est toujours pas parvenu à notre connaissance mais l’examen attentif du rapport financier 2004 du groupe Altadis, récemment publié, nous a encore amené à frotter énergiquement nos yeux, à nouveau tout aussi incrédules.

La rémunération totale des membres du conseil de direction du groupe (non administrateurs) soit 12 personnes, se serait élevée, en 2004, à 9,6 millions d’euros alors que le rapport financier précédent nous dit que la rémunération des 12 mêmes personnes s’élevait, en 2003, à 5,4 millions d’euros, ce qui fait tout de même une différence !

Tout le monde a bien gardé à l’esprit que le Président Jean Dominique Comolli avait convié fermement l’ensemble des cadres à un geste de solidarité avec l’entreprise pendant cette période. Il avait donc décidé de bloquer tout avancement personnel de carrière pour cette catégorie en 2004, ce qui n‘avait pas été sans provoquer quelques protestations…

Comment les membres du Comité de Direction, solidaires avec la décision de leur Président, auraient-ils pu imposer à l'ensemble de leurs subordonnés de se serrer la ceinture et avoir l'indécence de s'octroyer personnellement, dans le même temps, une augmentation de leur salaire moyen annuel de 452 000 euros en 2003 à 802 000 euros en 2004, soit une augmentation de 77 % ?

Une manœuvre non compatible avec la moralité et le sens de l’éthique qui devraient caractériser des dirigeants régis par les principes de bonne gouvernance d’entreprise étalés à longueur de communiqués de presse et de publicités financières par le groupe Altadis. Tout cela au moment où un plan de restructuration industrielle est en train de priver de leur emploi 1600 salariés en France et en Espagne !!!

Même avec la meilleure volonté, nous cherchons par ailleurs en vain parmi les exploits de nos dirigeants ce qui, au delà de la baisse vertigineuse des ventes en France et en Espagne, pourrait justifier d’aussi substantielles augmentations de salaire.

On se demandera donc longtemps quelle ivresse a bien pu saisir les membres du Comité de Direction. L’ivresse du pouvoir incontrôlé probablement, car il est clair que les organes de contrôle du groupe n’ont pas fonctionné dans cette affaire. Surtout pas le Comité des Rémunérations qui confirme ici son statut d’entité fantoche.

Ce comportement mérite t-il sanction ? Nous laisserons les médias, les actionnaires, les marchés et l’opinion publique (que nous n’hésiterons pas à interpeller à ce sujet à l’instant précis où l’usine de Lille ferme ses portes) répondre à cette question.

Dans cette attente, nous aimerions connaître les explications de notre Président du Conseil d’Administration Altadis, Jean Dominique Comolli, désormais en charge du maintien de l’éthique dans l’entreprise…

 

Pièces analysées : extraits rapports annuels 2003 et 2004 du Groupe Altadis (www.altadis.com).

 

 

 

Épisode 2 (22 juillet 2005) : Les chiffres, la suite….

 

 

La réponse de la direction, dixit le directeur des ressources humaines, serait :

 

 

PARAGRAPHE B.1.9

 

Dans le montant total des rémunérations du Comité de Direction 4 470 milliers d'euros correspondent au bénéfice réalisé sur l'exercice des options d'achat d'action des entreprise du Groupe et principalement sur les options d'achat d'actions d'Altadis S.A. distribuées en 2000 dont la période d'exercice s'étend du 13 juillet 2004 au 12 juillet 2006. Dans le but de couvrir l'impact patrimonial de ces opérations le Groupe a souscrit à des swaps d'actions ce qui a rendu ces redistributions indolores en terme de coût pour le Groupe.

 

 

A nos questions pour avoir plus d'informations aucune réponse n'a été donnée.

 

Certains (on ne sait pas qui ni combien) des dirigeants d'Altadis ont levé leurs stocks options pour une valeur que nous ne pouvons pas connaître.

 

Ce qui est sûr : les dirigeants ont jusqu'au 12 juillet 2006 pour prétendre à toucher la plus value sur ces stocks options.

 

La direction ne semble  pas aujourd'hui vouloir s'exprimer plus précisément.

 

 

Épisode 3 (25 juillet 2005) : Nuage de fumée sur les chiffres !

 

L’augmentation exorbitante de la rémunération totale des dirigeants d’Altadis en 2004 après la restructuration industrielle et la programmation de la fermeture de l’usine de Lille a été perçue par les salariés comme une violente provocation à laquelle nous ne pouvions que réagir.

La direction nous répond que sur les 9,6 millions d’euros touchés par les dirigeants en 2004, 4 millions d’euros proviennent des bénéfices sur les levées de stock-options attribuées en 2000 que les nouvelles normes comptables imposent désormais d’inclure dans les déclarations de rémunération des dirigeants. D’après la direction, cette explication devrait calmer la tempête puisque la rémunération de base reste en définitive identique à celle de 2003.

Ce n’est pas aussi simple et la provocation reste, même si elle est moins violente ! Il reste que les dirigeants auront touchés en 2004 des sommes énormes en remerciement de leur empressement à restructurer l’entreprise. De plus, les chiffres deviennent maintenant difficiles à analyser. En effet, il ressort des explications que la levée des stock-options peut se faire sur deux ans et que si la plupart des dirigeants se sont empressés d’empocher leurs bénéfices, ils ne l’ont pas tous fait. La rémunération moyenne de 802 000 euros n’a donc pas de signification et le vrai chiffre est beaucoup plus élevé puisque certains dirigeants ont décidé de rester avec leurs bénéfices potentiels qu’ils réaliseront plus tard.

Ce qui est clair c’est que d’une part, la direction fait tout pour brouiller les pistes dans le cadre des obligations légales et que d’autre part leur imagination est infinie pour augmenter la rémunération des dirigeants en faisant semblant de ne pas toucher à la rémunération de base.

Le thème des retraites chapeau nous paraît particulièrement intéressant dans la mesure où il semblerait que ce sujet passionne nos dirigeants à la cinquantaine triomphante. En effet, au moment ou le gouvernement rabiote sur les retraites des petits salaires, il est devenu très à la mode chez les dirigeants de se faire attribuer de replètes retraites complémentaires au frais de leur entreprise. Altadis, toujours à la pointe du progrès, aurait emboîté le pas ! Nous aimerions obtenir quelque information sur les déclarations des frais liés à ces retraites. Sont-ils inclus dans la rémunération totale des dirigeants?

Nous ne pouvons pas terminer sans évoquer la dernière machine infernale inventée par le Conseil d’Administration Altadis : la distribution d’action gratuites pouvant aller jusqu’à 1% du capital social sur 5 ans en remplacement des stocks-options. Apparemment, les dirigeants n’ayant plus très confiance dans le potentiel d’augmentation de l’action viennent d’inventer un système où « A tous les coups, on gagne ! ».

Dans la déclaration officielle Altadis, ces actions gratuites seraient destinées à TOUS les salariés. Nous voulons bien y croire mais notre instinct nous dit qu’elles seront plutôt destinées à sucrer quelques privilégiés soigneusement sélectionnés afin que la morale ambiante reste sauve et que les riches deviennent toujours plus riches !

 

Montreuil, le 25 juillet 2005.

 

 

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